L’hospitalisation en réanimation constitue une situation particulièrement éprouvante pour les patients et leurs proches. L’incertitude pronostique, la technicité de l’environnement, la brutalité de certaines annonces et la nécessité, dans certaines situations, d’aborder des décisions de fin de vie ou la possibilité d’un don d’organes exposent les familles à une forte charge émotionnelle.
Les travaux français menés en réanimation ont montré la fréquence importante des symptômes anxieux et dépressifs chez les proches. L’absence d’un espace d’attente dédié et la perception d’informations contradictoires ont notamment été identifiées parmi les facteurs associés à des symptômes dépressifs chez les familles.[1]
La Haute Autorité de santé souligne également l’existence d’un syndrome post-réanimation pouvant concerner les proches – PICS-Family – et recommande notamment la mise en œuvre de protocoles d’information et de communication avec les familles et les aidants.
Par ailleurs, les conditions techniques de fonctionnement applicables aux activités de soins critiques prévoient, pour les unités de réanimation, un secteur d’accueil comprenant au minimum une pièce de détente pour les proches des patients et une pièce dédiée aux entretiens entre l’équipe soignante et les familles, dans le respect de la confidentialité.
Le présent appel à projets n’a donc pas vocation à financer la seule satisfaction d’une obligation réglementaire. Il vise à soutenir des démarches allant au-delà de cette exigence minimale, en favorisant la qualité, l’humanisation et l’usage effectif des espaces consacrés aux proches ainsi que leur intégration dans un parcours structuré d’accompagnement.
Cet enjeu revêt une importance particulière dans les situations de fin de vie et de don d’organes. La littérature scientifique souligne l’importance de la qualité et du moment de la communication, des compétences des professionnels ainsi que du temps donné aux proches dans le déroulement des échanges relatifs au don d’organes.[2]
Des travaux français multicentriques ont également montré l’importance de la qualité de l’accompagnement des proches dans les situations de décès en réanimation. Une stratégie structurée associant conférence familiale, accompagnement au moment du décès et entretien ultérieur a permis de réduire significativement les symptômes de deuil prolongé.[3]
Dans le champ spécifique du don d’organes, une étude française multicentrique menée auprès de proches confrontés à une demande de don en réanimation souligne également l’importance de la compréhension, de la communication et du vécu du processus de don.[4]
En 2025, 6 148 greffes d’organes ont été réalisées en France. Au 1er janvier 2026, 23 294 patients étaient en attente d’une greffe. Le taux national d’opposition au don était de 37 %, avec d’importantes variations territoriales.
Le présent appel à projets s’inscrit ainsi dans une démarche globale d’amélioration de la qualité des prises en charge en soins critiques et en cohérence avec les orientations du Plan ministériel pour le prélèvement et la greffe d’organes et de tissus 2022-2026.
[1] Kentish-Barnes N. et al., A three-step support strategy for relatives of patients dying in the intensive care unit: a cluster randomised trial, The Lancet, 2022.
[2] Kentish-Barnes N. et al., Grief Symptoms in Relatives Who Experienced Organ Donation Requests in the ICU, American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 2018.
[3] Pochard F. et al., Symptoms of anxiety and depression in family members of intensive care unit patients, Critical Care Medicine, 2001.
[4] Simpkin A.L. et al., Modifiable factors influencing relatives’ decision to offer organ donation: systematic review, BMJ, 2009.
L’Agence régionale de santé Centre-Val de Loire souhaite soutenir les établissements publics de santé disposant d’une activité autorisée de réanimation dans la mise en œuvre de projets visant conjointement à :
Améliorer et humaniser les espaces destinés aux familles et aux proches en réanimation ;
Structurer l’accueil, l’information et l’accompagnement des proches, notamment lors des situations critiques et de fin de vie ;
Améliorer les conditions dans lesquelles les situations potentielles de don d’organes sont identifiées et abordées avec les proches, dans le respect de la volonté du patient, du cadre réglementaire et des principes éthiques.
L’approche attendue est une approche globale associant environnement, organisation et pratiques professionnelles.
Le financement d’un aménagement matériel isolé, sans évolution organisationnelle ou réflexion sur les pratiques d’accompagnement des proches, ne constitue pas à lui seul un projet répondant aux objectifs du présent appel à projets.
Les projets devront respecter strictement le cadre juridique français relatif au prélèvement d’organes.
Le prélèvement d’organes sur une personne majeure décédée peut être réalisé dès lors que celle-ci n’a pas fait connaître de son vivant son refus d’un tel prélèvement. Les proches sont informés du prélèvement envisagé et participent à la restitution de la volonté éventuellement exprimée par le défunt.
En conséquence, le présent appel à projets n’a pas pour objectif d’inciter les professionnels à obtenir l’accord des familles ni d’accroître le prélèvement par une démarche persuasive.
Il vise à garantir que les échanges concernant le don puissent se dérouler dans les meilleures conditions possibles de confidentialité, d’écoute, de compréhension et de respect de la volonté de la personne décédée.
Le taux d’opposition au don d’organes ne constitue ni un objectif individuel assigné aux équipes, ni un critère de sélection ou de financement des projets.
Peuvent candidater au présent appel à projets les établissements publics de santé de la région Centre-Val de Loire disposant d’une autorisation d’activité de soins critiques comportant une unité de réanimation.
Les projets devront être portés conjointement par l’encadrement médical et paramédical du service de réanimation et bénéficier du soutien de la direction de l’établissement.
Une association étroite avec la coordination hospitalière de prélèvement d’organes et de tissus de l’établissement ou, le cas échéant, avec la coordination de référence est attendue.
L’association de représentants des usagers ou d’anciens proches de patients de réanimation à la conception ou à l’évaluation du projet sera particulièrement valorisée.
Les projets devront combiner plusieurs dimensions complémentaires.
Axe 1 – Humanisation et adaptation des espaces destinés aux proches
Peuvent notamment être soutenus :
Amélioration d’une salle famille ou d’un espace de détente existant ;
Amélioration des locaux dédiés aux entretiens confidentiels ;
Traitement acoustique et amélioration de la confidentialité ;
Mobilier favorisant l’accueil de familles dans des situations prolongées ou difficiles ;
Éclairage, ambiance, confort thermique ou environnement sonore ;
Dispositifs permettant de préserver l’intimité ;
Amélioration de la signalétique et du cheminement des familles ;
Dispositifs favorisant l’accueil des enfants ou des fratries lorsque cela est pertinent ;
Amélioration de l’accessibilité des espaces ;
Mise à disposition de supports d’information adaptés.
Les aménagements devront concilier humanisation, hygiène, sécurité, confidentialité et fonctionnement du service.
Axe 2 – Structuration du parcours d’accueil et d’accompagnement des proches
Les projets pourront comporter :
Formalisation d’un parcours d’accueil des proches dès l’admission en réanimation ;
Protocole d’information des familles ;
Organisation d’entretiens médicaux et/ou médico-soignants structurés ;
Définition des modalités d’utilisation des salles famille et d’entretien ;
Actions destinées à favoriser une information cohérente entre professionnels ;
Développement de la place de l’infirmier et des professionnels paramédicaux dans l’accompagnement ;
Outils de repérage des familles nécessitant un soutien renforcé ;
Articulation avec psychologues, équipes de soins palliatifs, représentants des cultes ou autres professionnels selon les besoins ;
Amélioration de l’accompagnement lors des situations de limitation ou d’arrêt des thérapeutiques ;
Accompagnement des proches après le décès lorsque cela est pertinent ;
Formation ou simulation des professionnels à l’annonce, à l’écoute et à la communication avec les proches.
Axe 3 – Amélioration du parcours relatif au don d’organes
Les actions pourront notamment porter sur :
Amélioration de l’articulation entre équipes de réanimation et coordination hospitalière de prélèvement ;
Repérage et signalement des situations potentielles de don ;
Organisation de l’intervention de la coordination hospitalière auprès des équipes et des familles ;
Protocolisation des entretiens relatifs au don ;
Formation et simulation à l’abord des proches ;
Amélioration de l’information relative à la mort encéphalique et au don d’organes ;
Outils permettant de vérifier la compréhension des informations délivrées ;
Amélioration de la traçabilité du processus ;
Analyse collective ou retour d’expérience après les situations de don ou de non-prélèvement.
L’Agence de la biomédecine développe elle-même des actions de formation à l’abord des proches et à l’articulation entre réanimation et coordination hospitalière, ce qui pourra constituer une ressource pour les établissements candidats.
Sous réserve des règles applicables à l’enveloppe financière mobilisée, pourront notamment être financés :
Petits travaux d’aménagement ;
Mobilier ;
Équipements contribuant directement à l’accueil, au confort et à la confidentialité ;
Signalétique ;
Supports et outils d’information ;
Prestations d’accompagnement à la conception ;
Interventions de formation ou de simulation ;
Outils permettant l’évaluation de l’expérience des proches ;
Dépenses ponctuelles directement nécessaires à la mise en œuvre du projet.
Ne sont notamment pas éligibles :
Les opérations immobilières lourdes ;
Les dépenses relevant du fonctionnement courant du service ;
Le financement pérenne de postes ;
Les équipements médicaux sans lien direct avec l’objet de l’AAP ;
Les dépenses déjà engagées avant la décision d’attribution ;
Les opérations ayant pour seul objet la satisfaction des exigences réglementaires minimales applicables aux locaux de réanimation.
Le montant demandé devra être précisément justifié et proportionné aux actions proposées.
Les cofinancements ou contributions de l’établissement pourront être valorisés dans le dossier de candidature.
L’ARS se réserve la possibilité de financer tout ou partie du montant sollicité.
Le dossier devra comporter :
Une présentation du service de réanimation et de son activité ;
Un diagnostic de l’organisation et des espaces actuellement dédiés aux proches ;
Une description des difficultés ou besoins identifiés ;
Des photographies et/ou plans des espaces concernés lorsque le projet comporte des travaux ou aménagements ;
Une description du parcours actuel d’accueil et d’information des proches ;
Une description de l’organisation entre la réanimation et la coordination hospitalière de prélèvement ;
Les objectifs opérationnels du projet ;
Les actions envisagées ;
Les professionnels impliqués ;
Les modalités de participation des représentants des usagers ou familles ;
Le calendrier prévisionnel ;
Un budget détaillé ;
Les modalités d’évaluation et indicateurs retenus ;
Les modalités prévues pour assurer la pérennité du dispositif après la période financée.
Les projets seront examinés au regard des critères suivants, pour un total de 100 points :
Qualité du diagnostic et adéquation aux besoins – 15 points : Pertinence du constat initial, identification des difficultés rencontrées par les familles et les professionnels.
Qualité du projet d’humanisation des espaces – 15 points : Fonctionnalité, confidentialité, confort, accessibilité et qualité de l’environnement proposé.
Qualité du parcours d’accompagnement des proches – 20 points : Organisation des entretiens, continuité de l’information, interdisciplinarité, prise en compte des situations de fin de vie.
Qualité de l’articulation avec le parcours de don d’organes – 15 points : Collaboration entre réanimation et coordination hospitalière, formation, information et respect des principes éthiques.
Implication des professionnels, proches et représentants des usagers – 10 points
Faisabilité technique, calendrier et pertinence du budget – 10 points
Qualité de la démarche d’évaluation – 10 points
Pérennité, reproductibilité et possibilité de diffusion régionale – 5 points
Chaque établissement retenu s’engage à réaliser une évaluation avant et après la mise en œuvre du projet.
Un socle commun d’indicateurs pourra notamment comprendre :
Indicateurs de réalisation
Réalisation effective des aménagements prévus ;
Nombre et proportion de professionnels formés ;
Nombre de réunions ou actions associant la coordination hospitalière de prélèvement ;
Existence d’un protocole formalisé d’accueil et d’accompagnement des proches ;
Existence d’une procédure spécifique pour les situations de fin de vie et de don.
Indicateurs relatifs à l’expérience des proches
Satisfaction globale concernant l’accueil ;
Perception du confort et de l’intimité ;
Perception de la confidentialité des entretiens ;
Compréhension des informations délivrées ;
Perception de la disponibilité et de l’écoute des professionnels ;
Cohérence perçue des informations délivrées par les différents professionnels.
Indicateurs professionnels :
Satisfaction des équipes concernant les nouveaux espaces ;
Sentiment d’être mieux préparé aux entretiens difficiles ;
Appropriation des protocoles ;
Qualité perçue de la collaboration entre réanimation et coordination hospitalière.
Indicateurs relatifs au parcours de don
Pour les établissements concernés, pourront notamment être suivis :
Nombre de situations potentielles identifiées ;
Recours à la coordination hospitalière ;
Réalisation des entretiens dans un espace garantissant confidentialité et disponibilité ;
Délai et conditions de réalisation des entretiens ;
Traçabilité de la recherche de la volonté du défunt ;
Compréhension du processus par les proches, lorsqu’elle peut être évaluée.
Le taux d’opposition pourra être recueilli à des fins descriptives et de suivi global. Son évolution ne devra pas être utilisée isolément pour apprécier la qualité d’un projet ou la performance d’une équipe.
Les projets retenus feront l’objet d’un suivi par l’ARS Centre-Val de Loire.
La constitution d’un comité de sélection associant, sous réserve de la prévention des conflits d’intérêts, des représentants de l’ARS ; de l’Agence de la biomédecine ; des professionnels des soins critiques ; des coordinations hospitalières de prélèvement ; des usagers pourra être envisagée.
Les établissements sélectionnés pourront être réunis dans le cadre d’un retour d’expérience régional afin de partager les solutions mises en œuvre, les difficultés rencontrées et les résultats obtenus.
Les projets particulièrement probants pourront faire l’objet d’une valorisation et d’une diffusion auprès des autres unités de soins critiques de la région.
Publication de l’appel à projets : 16 octobre 2026
Date limite de dépôt des candidatures : 15 mars 2027
Instruction des dossiers : 16 mars 2027 – 15 avril 2027
Notification des décisions : 16 avril 2027
Durée maximale de réalisation : 6 mois à compter de la notification, financement sur facture.
Transmission du bilan final : au plus tard 3 mois après l’achèvement du projet.
Les dossiers devront être adressés sous format dématérialisé à :
ARS Centre-Val de Loire – Direction de l’Offre Sanitaire
Adresse électronique : ars-cvl-direction-offre-sanitaire@ars.sante.fr
Objet du message : "AAP Réanimation – Accompagnement des proches 2026 – [Nom de l’établissement]"
Les demandes de renseignements pourront être adressées à :
Ysoline Duchalais, cheffe de projet régional : ysoline.duchalais@ars.sante.fr
Dr Rémi Leclerc, médecin conseil : remi.leclerc@ars.sante.fr
Haute Autorité de santé. Syndrome post-réanimation : recommandations pour une prise en charge précoce et adaptée.
Agence de la biomédecine. Plan ministériel pour le prélèvement et la greffe d’organes et de tissus 2022-2026.
Pochard F. et al. Symptoms of anxiety and depression in family members of intensive care unit patients: ethical hypothesis regarding decision-making capacity. Critical Care Medicine. 2001;29:1893-1897.
Simpkin A.L., Robertson L.C., Barber V.S., Young J.D. Modifiable factors influencing relatives’ decision to offer organ donation: systematic review. BMJ. 2009;338:b991.
Kentish-Barnes N. et al. Grief Symptoms in Relatives Who Experienced Organ Donation Requests in the ICU. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine. 2018;198:751-758.
Kentish-Barnes N. et al. A three-step support strategy for relatives of patients dying in the intensive care unit: a cluster randomised trial. The Lancet. 2022;399:656-664.




